Grottes et gouffres de Saint-Clair

par Bernard Barraillé

Pointe Sud du massif de la Gardiole qui s’étend de Fabrègues à Sète, la colline de Saint-Clair est le royaume du calcaire et donc riche en cavités naturelles creusées par les eaux souterraines. Dans les années 40, un premier club de spéléologues, animé par l’opticien Arsène Chavin, entreprit leur exploration. C’était encore l’époque où éleveurs de moutons, viticulteurs et agriculteurs peuplaient la colline avant que l’urbanisation les en chasse.


Dans les années 60, un nouveau Spéléo-Club prit le relais. On connaît bien maintenant la réalité spéléologique de Sète. Voici les principales cavités : un numéro permet de les situer sur la carte.


1- Aven de la Lorraine

Appelé aussi Aven de la Combe d’Aubagnac, il est le plus profond de Sète avec 35 mètres. Il s’ouvre par une ouverture de 40 cm de diamètre dans le jardin de la villa « La Lorraine », longtemps habitée par M. Filocamo, garde-champêtre de Saint-Clair, à mi-chemin entre la Croix et les Pierres-Blanches. Une succession de salles, souvent concrétionnées de stalactites blanches en « chou-fleur » et d’à pics, conduit au fond où souffle un violent courant d’air sortant d’une diaclase qui n’aurait pu être élargie qu’à l’explosif. Mais les explorateurs n’ont pas insisté car, comme souvent sur Saint-Clair, le gouffre servait de tout à l’égout aux occupants de la villa. On espère que cette pratique a été abandonnée...


2- Aven du Château Vert

Lors de la construction des immeubles, coté gauche en venant du centre-ville, boulevard chevalier de Clerville, près du carrefour avec le chemin du Glacis, l’explosion d’une mine sur le chantier ouvrit l’entrée d’un gouffre. Les terrassiers essayèrent en vain de le combler ce qui permit aux spéléos de descendre à 16 mètres avant que les aménageurs décident d’obturer son entrée avec une plaque de béton. Dommage, car cet aven bien concrétionné devait être très profond.

3- Grotte de la 1° station

Non loin du Fort Richelieu et à quelques dizaines de mètres à gauche du chemin de Saint-Clair, cette grotte s’ouvre dans l’ancienne carrière à 25 mètres de l’entrée du tunnel creusé par les Allemands.

4- Grotte de la carrière Ginouvès

Longue de 45 mètres, elle s’ouvre dans une ancienne carrière située à 300 mètres au Nord du sommet de Saint-Clair. Sa galerie principale est bien concrétionnée et se termine par une vaste salle d’où partent plusieurs boyaux et chemines. A noter sa forte hygrométrie de 90 % et une température constante de 18°5.


5- Grotte Juan

Non loin de la précédente, cette cavité présente une belle salle et porte le nom du propriétaire de l’époque qui n’autorisa pas son exploration.

6- Trou des Pierres Blanches

S’ouvre sur la propriété « Ex qu’un paou yon ». Elle aboutit à un puit mais le propriétaire n’autorisa pas son déblaiement.

7-Aven de Marcenac

C’est la plus remarquable cavité de Saint-Clair déjà explorée avant-guerre par le célèbre spéléologue Robert de Joly, puis en 1964 par les spéléos sétois, suivis par une équipe scientifique de l’Université de Montpellier qui vinrent y étudier sa radioactivité et sa relation avec la source thermale située plus bas aux Métairies.
Elle s’ouvre tout près du terrain de tennis de l’EDF au Mas Grenier.
 

Profondes de 30 mètres, ses vastes salles sont tapissées de concrétions d’une blancheur éclatante. Il y règne une forte chaleur (entre 30 et 35°) due à la source d’eau chaude recouverte d’éboulis qui se devine au fond. Dans les années 60, la municipalité Martelli avait prévu d’uti- liser ces eaux pour une éventuelle utilisation thermale. Mais les études démontrèrent qu’elles étaient trop pol- luées par les infiltrations. L’aven servait aussi de puits perdus pour les douches des sportifs


8-Aven du Musée

Profond de 12 mètres et terminé par une salle argileuse, ce gouffre est aujourd’hui inaccessible puisque recouvert par la construction du Musée Paul Valéry.


9- Source Thermale

Redécouverte en 1775 et exploitée jusqu’en 1914 sous le nom de « Source Saint-Joseph », cette source était connue des gallo-romains toujours friands d’eaux thermales. Elle est située aux Métairies dans l’impasse Di Schino devenue Impasse de la Source. Dans les années 60, la municipalité a relancé son exploitation et réalisé des travaux de captage en vue d’une utilisation commerciale. Hélas, la source se révéla trop polluée par les infiltrations souterraines engendrées par l’urbanisation de Saint-Clair qui interdirent ce beau projet.

Perspectives : sauf découverte fortuite engendrée par des travaux, St Clair souterrain n’a plus de secrets. Mais Sète peut, coté mer, réserver des surprises. Il y aurait des grottes sous-marines qui, comme la fameuse Grotte Chauvet à Cassis, ont pu être fréquentées par les préhistoriques. Lors de la dernière glaciation, il y a 12 000 ans, la côte se trouvait à 12 kms du rivage actuel, le niveau de la mer étant 120 mètres plus bas qu’aujourd’hui. Les premières recherches ont permis de repérer des collines submergées susceptibles de receler des cavités. Déjà, dans les années 50, des géologues de l’université de Montpellier fouillèrent une petite grotte près du Lazaret qui livra des ossements de singes préhistoriques.
Conclusion : il serait bon que, dans le cadre de l’assainissement de la colline qui agite tant les propriétaires contraints à l’installation de fosses septiques réglementaires, les spécialistes de l’Agglo se préoccupent également de l’utilisation illégale des cavités naturelles. Ces déversements sauvages entraînent une pollution importante des eaux souterraines qui ressortent dans plusieurs points de la ville et vont directement dans le canal. Puis dans l’étang de Thau.

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