Ko Un : "Je voulais devenir un poète. Je suis devenu un poète"

"Je me suis rendu hier sur la tombe de Paul Valery à Sète, et j’ai ôté mon chapeau devant lui. A Sète, j’ai vu et entendu les vagues. Les vagues insufflent la vie et se brisent des millions de fois par jour, d’après ce qu’on dit. Ici, au bord de la mer, les oiseaux chantent. Mais, en Corée, les oiseaux pleurent, comme les grillons, comme les cochons. Et moi aussi je pleure. Les poèmes suivent ces pleurs."  KO Un 고은(高銀)


La chouette


La chouette en plein jour 
ouvre grand les yeux 
ne voit rien 
Attends ! 
Ta nuit viendra à coup sûr.



Pour rien


Le chemin qu’on a pris seul 
On dit qu’on l’a pris 
Puisqu’on nous a dit de le prendre 
Le cours d’eau qui coule pour rien dans la vallée 
On dit qu’il coule 
Puisqu’on lui a dit de couler 
La pauvre sagesse de ce monde


Ko Un  : Qu'est-ce? (poèmes zen) 
traduit du coréen par No Mi-Suk et Alain 

    


L’ombre de l’arbre est vivante
néant, plus je lis, plus je sens ta présence
le péril où je suis, personne n’a connu
je tourne une page
tu prolifères dans la page suivante !
l’ombre de l’arbre est vivante
faisons hara-kiri, faisons hara-kiri
l’ombre de l’arbre est vivante
faisons hara-kiri, hara-kiri


Ko Un : Sous un poirier sauvage 
traduit du coréen par Han Daekyun et Gilles Cyr, 

Ko Un, né en 1933, est le plus célèbre des poètes et écrivains sud-coréens (plus de 130 volumes de poèmes, essais et fictions). Il a grandi sous l'occupation japonaise et fut fortement marqué par les massacres de la guerre de Corée (1950-1953). Entré dans les ordres bouddhistes en 1952, il en sort une dizaine d'années plus tard pour se consacrer pleinement à sa carrière de poète. Militant actif contre la dictature et les injustices sociales, il a été emprisonné à plusieurs reprises.

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